Pleine conscience et transformation des comportements

Pleine conscience et transformation des comportements

Outre la vision du monde qui fonde le yoga, un autre aspect de cette philosophie pourrait favoriser la transformation des comportements de ses adeptes : la méditation. Cette « activité » est en réalité le but du yoga, même si elle est souvent ignorée par les pratiquants amateurs. Elle vise ce que l’on appelle souvent aujourd’hui un état de « pleine conscience ».

La pleine conscience est une qualité de la conscience qui peut être cultivée par tous les humains en tournant intentionnellement l’esprit sur le moment présent. La capacité à atteindre cet état psychologique tend à être limitée par le mode de vie occidental et peut être améliorée par certaines pratiques qui poussent l’individu à porter une attention sincère au présent. La méditation de la pleine conscience réfère à une variété de techniques dérivées de la pratique de méditation Bouddhiste Theravada de Vipassana qui vise à cultiver cet état psychologique de pleine conscience. Ces techniques de méditation continuent de gagner en popularité en Occident entres autres, car elles auraient des effets positifs sur la santé des individus notamment en ce qui concerne la réduction du stress. Selon le psychiatre Christophe André, un de ses bienfaits sur l’état de santé est lié au mécanisme de régulation émotionnelle : « la pratique régulière de la pleine conscience permet de développer des capacités accrues d’acceptation, de recul et de modulation envers les émotions douloureuses. »

Cette pratique suscite également de l’intérêt chez les neuroscientifiques à cause de son impact sur le fonctionnement du cerveau. Grâce à l’imagerie cérébrale, l’amélioration de la modulation émotionnelle amenée par la pleine conscience est observable par l’activation qu’elle entraîne sur les différentes zones du cerveau. Par exemple, l’impact d’une émotion comme la tristesse est moindre chez les méditants, car l’émotion est « gérée » à un niveau corporel plutôt que de manière rationnelle et verbale (zone introspective plus activée chez les méditants, zone du langage plus activée chez les non-méditants.

« La méditation de pleine conscience consiste à se focaliser sur l’instant présent, sur ses sensations internes et perceptions. » Elle vise entres autres à « développer et à tester au quotidien un outil de régulation attentionnelle et émotionnelle, au-delà de toute forme de croyance. »

Le yoga fait partie des méthodes favorisant une augmentation de la pleine conscience. La pratique du yoga encourage une attention accrue portée aux sensations du corps et à la respiration. Plusieurs recherches suggèrent que cet état de pleine conscience est responsable d’un plus grand intérêt pour la vie, ce qui se traduit par un plus haut niveau de compassion pour soi et d’empathie pour les autres ainsi que par une plus grande conscience de l’environnement. Selon Langer et Moldoveanu (2000), la pleine conscience est un « processus d’élaboration de nouvelles distinctions. » La constante réalisation de ces distinctions (remarquer des choses nouvelles différentes) maintient l’individu dans le moment présent et le rend plus conscient du contexte et de ses actions que s’il s’appuie sur des distinctions faites dans le passé. Lorsqu’un individu s’appuie sur des distinctions passées, son comportement aura plus tendance à être gouverné par les règles et les routines, par un automatisme. Ainsi, l’état de pleine conscience peut en quelque sorte réduire les automatismes.

La pleine conscience est « l’attention portée à l’expérience vécue et éprouvée, sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on ne décide pas si c’est bien ou mal, désirable ou non), sans attente (on ne cherche pas quelque chose de précis). » Selon ce psychiatre, la pleine conscience se divise en trois attitudes fondamentales. La première est une « ouverture maximale du champ attentionnel » sur l’expérience personnelle du moment présent (rythme respiratoire, sensations du corps, émotions, pensées, sons). La deuxième est l’abstention de jugement et de tendance à vouloir contrôler l’expérience de l’instant présent. La troisième consiste à ne pas chercher à mettre en mots et à analyser, mais plutôt à observer et ressentir. Ces trois attitudes sont souvent retrouvées dans la pratique du yoga.

Si cultiver l’état de pleine conscience permet de se libérer de certains automatismes, il est permis de penser alors que cette pratique peut favoriser une transformation des habitus, qui sont autant de réponses quasi-automatiques, fondées sur des habitudes passées, aux sollicitations du présent. Et cette transformation pourrait affecter en particulier nos comportements de consommation et de production. Rosenberg (2004) propose clairement la pleine conscience comme antidote au consumérisme. Elle permettrait en effet aux individus d’être plus attentifs aux différents mécanismes encouragent la consommation (tactiques de ventes, publicités, marketing, etc.) et d’y résister. Les individus cultivant la pleine conscience pourraient alors consommer de manière moins impulsive et d’être moins influencés par les autres et par la familiarité. Par exemple, ils pourraient arrêter d’utiliser certains produits avec lesquels ils sont familiers et essayer des produits moins dommageables pour l’environnement.

De plus, la pleine conscience s’accompagne d’un sentiment de plénitude et de satisfaction, entres autres lié à une augmentation de l’appréciation des détails de la vie et à une plus grande connectivité avec les autres.

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