L’ENFANT PAS COMME IL FAUT

L’ENFANT PAS COMME IL FAUT

On déçoit toujours nos parents à un moment donné, comme nos enfants nous décevront forcément à leur tour. La psychanalyse s’est beaucoup penchée sur le sujet. Par exemple, Freud explique que le bébé incarne la possibilité pour les parents, de réparer une partie de leur propre histoire de vie qu’ils considèrent comme ratée, « je ne vais surtout pas faire vivre à mes enfants, ce que mes parents m’ont fait vivre ». Le bébé devient porteur d’une mission de réparateur. Il symbolise également, l’idée de l’immortalité narcissique du parent, « il reste une part de moi, un prolongement de moi dans la vie de mes enfants ». Il est le lien narcissique social entre les générations passées et celles à venir. Il est celui qui va assurer la continuité de la génération. Dans ce contexte, le bébé devra accomplir tous les rêves, tous les désirs que les parents n’ont pas mis à exécution, du fait des contraintes imposées par leur réalité.

Certains auteurs, comme Anne-Ancelin Schutzenberger qui a ouvert la voie à la psychologie transgénérationnelle, vont encore plus loin. Ils affirment que le bébé en venant au monde porte en lui la trace du vécu de ses parents et de tous les ancêtres de sa lignée familiale. Dans ce contexte, il devient alors possible que l’enfant devienne le dépositaire d’un contrat inconscient qui va le contraindre à réparer une partie de l’histoire de ses aïeux dans la lignée du père ou de la mère, afin de guérir l’arbre familial dont la maladie s’est transmise de génération en génération jusqu’alors. Tout parent est un ancien enfant qui a subi des blessures, des traumatismes, des échecs, des frustrations, etc., infligés par ses propres parents. Il sera donc porteur de ce passé qu’il va tenter de réparer à travers l’éducation qu’il va à son tour donner à son enfant. Et tout enfant deviendra alors le réceptacle de l’histoire parentale à réparer. Il devra se construire et débattre avec cette histoire imposée, tout en construisant la sienne au travers du prisme de sa personnalité.

Quand un parent demande à son enfant d’être un enfant sage, bien élevé, obéissant, ce n’est pas tant pour l’aider à grandir et se développer en acceptant les contraintes de la vie, c’est surtout pour permettre au parent de recevoir une image de lui-même comme étant un “bon” parent. Car c’est l’enfant qui est le détenteur de cette validation. C’est lui, par ses comportements, ses fonctionnements qui va déterminer la valeur que se donne le parent en tant que “bon” ou “mauvais” parent.

L’enfant va définir, par ce qu’il renvoie au parent, si ce dernier est un parent aimant, protecteur, pédagogue, etc. Combien de parents, face à une situation ou un comportement de leur enfant qu’ils estiment incompréhensible, se demandent ce qu’ils ont raté dans l’éducation qu’ils ont donnée ? Il est évident que la façon dont le parent va présenter la réalité, énoncer les interdits, poser les limites sera tributaire du niveau de sa propre demande de réparation de ses expériences infantiles. Plus le parent agira en réponse à l’enfant qu’il a été, et non en réponse aux besoins réels de son enfant, plus il sera en difficulté devant cet enfant. Évidemment si l’attente du parent est trop déçue, si le désir de réparation est trop fort, il entrainera tout un cortège de frustrations et de déceptions.

Cela peut être un parent qui ne met pas de limites à son enfant ou qui va en mettre de façon tellement disproportionnée, qu’il va lui-même sortir de ses propres limites et en vouloir à son enfant d’attaquer son estime de lui quant à être un bon parent, dans son incapacité à réparer son expérience infantile d’échec. Si malheureusement un parent a vécu l’expérience d’avoir été mal aimé, abandonné et qu’il attend trop que son enfant soit “une mère” pour lui, il vivra l’individuation et l’autonomisation de son enfant comme un nouvel abandon.

Ce sont les parents hyperprotecteurs, les “mères poules”, qui vont développer de l’hostilité envers leur enfant quand ce dernier va vouloir prendre son envol. Ils vivront cette séparation comme un échec, « comment ai-je élevé mon enfant pour qu’il ait tant envie de partir loin de moi ? » Les enjeux parentaux : Le “métier” de parent implique donc une grande quantité d’enjeux liés à la transmission et l’héritage que le parent veut laisser à son enfant et à la résistance que l’enfant va mettre contre ça.

Pour certains parents, il est difficile de se dissocier de leur enfant. De le considérer dès sa naissance, comme un individu à part entière. Il existe un outil assez efficace pour permettre au lien parent/enfant de trouver un équilibre. Cet outil est celui de la parole. Tant qu’il y a possibilité de dialogue entre les membres d’une famille, tant qu’il existe un espace de paroles où tout peut être dit, écouté et débattu, alors chacun pourra exprimer ce qu’il est et amener une perception et une compréhension nouvelle du sujet qui est abordé.

Il est parfois nécessaire de faire recours à une tierce personne qui permettra ainsi de créer un chemin indirect entre les mots et les émotions. Cela peut être un grand-parent, un ami, un oncle ou une tante… et si besoin, un professionnel.

Pour la bonne évolution du parent comme pour celle de l’enfant, il ne faut pas laisser une situation s’enliser sans en parler. Il faut s’autoriser à dire les choses qui, parfois pour un parent, lui donnent la sensation d’être un “mauvais” parent. Il faut arriver à expliquer que ses pulsions de parents ont une raison d’être et comprendre celles de son enfant.

Il est essentiel de prendre le temps de parler, d’en parler et d’écouter.